À force de vouloir rentrer dans un moule, on finit par devenir tarte
Comment on finit par ajuster notre parole aux chiffres sans même s’en rendre compte.
Il n’y a pas eu de bascule spectaculaire.
Je pourrais te dire qu’il y a eu un moment précis où ma manière de communiquer a basculé. Un déclic clair. Une rupture nette. Une prise de conscience spectaculaire. Mais ce serait te mentir.
Mon tout premier post LinkedIn, je l’ai écrit un soir d’août 2022, à 23h, sous 40 degrés.
Je n’y connaissais rien. Je ne savais pas ce qu’était un hook, ni un taux d’engagement, ni même ce que signifiait “performer”. J’avais simplement envie de prendre la parole.
Et ça a incroyablement bien marché. Un bon shot de dopamine. Mon premier.
Alors, j’ai voulu recommencer en faisant mieux.
Je me suis formée. J’ai lu. J’ai testé. J’ai ingurgité tout ce que je pouvais sur les structures efficaces, les accroches qui retiennent l’attention, les formats qui “fonctionnent”.
C’était logique. Quand on décide de prendre la parole publiquement, on cherche à comprendre les règles du jeu.
Alors, j’ai voulu recommencer en faisant mieux.
Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas regarder les chiffres. Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas se former ou ignorer les mécanismes des plateformes. Ce que je dis est plus subtil.
Le déplacement invisible
À force de suivre tous les conseils, tous les schémas, toutes les injonctions, à force de vouloir respecter ce qu’il “faut” faire pour réussir, quelque chose a bougé sans que je ne m’en aperçoive.
Ces conseils n’étaient pas “mauvais”, mais je me suis rendue compte qu’ils orientaient mon attention vers un autre signal : la réaction.
Et j’étais devenue complètement accro.
Le mécanisme qui nous conditionne
Or, dès que l’on centre sa manière de communiquer sur la réaction attendue, on active un mécanisme bien connu en psychologie comportementale : le renforcement variable.
C’est le principe des machines à sous. La récompense est incertaine. Et c’est précisément cette incertitude qui rend le comportement addictif.
Le problème, c’est que ce mécanisme entretient la répétition, pas la cohérence.
Il valorise ce qui déclenche une réponse rapide, pas ce qui construit une compréhension durable. Et une communication guidée par l’immédiateté finit toujours par perdre sa colonne vertébrale.
La dopamine ne se déclenche pas au moment du like, mais dans l’anticipation incertaine du like. Dans cette attente flottante après publication : est-ce que ça va réagir ? Est-ce que ça va mieux marcher que la dernière fois ?
On teste un format plus direct => ça réagit davantage.
On simplifie un peu => ça circule plus.
On accentue un angle=> ça commente.
Le cerveau apprend vite et surtout s’y habitue. Et un jour, sans s’en rendre compte, on ne se demande plus vraiment : “Qu’est-ce que je veux défendre ?”
On se demande : “Qu’est-ce qui va le plus faire réagir ?”
Ce n’est pas une erreur. C’est une adaptation.
Je ne blâme personne, je suis la première à être tombée dans le piège.
En réalité, notre cerveau s’adapte à un environnement qui récompense la stimulation immédiate. Et c’est précisément pour ça que c’est insidieux.
Parce qu’on a l’impression de progresser, alors qu’on est en train de rentrer dans un moule.
Ce qui protège vraiment
La solution, je crois, n’est pas de tout rejeter, ni d’ignorer les chiffres ou de mépriser les techniques. La solution est de savoir sur quoi on s’appuie pour ne pas se perdre.
Pour moi, ça passe par un travail beaucoup plus profond : celui des fondations. Clarifier son pourquoi, ce qu’on défend vraiment, le message qu’on veut installer dans le temps.
Et faire cela, ce n’est pas répondre à une tendance marketing. C’est créer un ancrage.
Parce que quand les fondations sont solides, les conseils extérieurs deviennent des outils, pas des directives.
Les chiffres deviennent des indicateurs et ne pilotent pas tout.
Les tendances deviennent des options, pas des obligations.
Et surtout, ton style ne disparaît pas dans le bruit collectif.
La vraie question
Pour reprendre le pouvoir sur notre créativité, la vraie question n’est pas “est-ce que je regarde trop mes statistiques ?”
La vraie question serait plutôt : est-ce que mes décisions de communication sont guidées par ma colonne vertébrale ou par l’anticipation d’une réaction ?
Si le glissement est insidieux, alors l’ancrage doit être pleinement conscient.
Audrey
PS : Quand tu consommes du contenu sur “comment réussir sur {choisis ton réseau}”, est-ce que ça renforce ton intention ou est-ce que ça la dilue un peu plus ?
Ce que je défends : Je crois qu’une communication forte ne repose ni sur le volume ni sur la performance, mais sur une intention claire et assumée. Ici, je partage cette vision. Et j’accompagne celles et ceux qui veulent la mettre en œuvre concrètement.



Complètement d'accord avec ton propos. Maintenant il faut reconnaître que nous avons été élevé-es dans le plus fort, le vainqueur, la meilleure note, et pour les plus jeunes, la meilleure visibilité /performance sur les réseaux. Pas facile de sortir d'un schéma ancré depuis de nombreuses années. Se mettre en position d'observateur-rice pour regarder les points à corriger n'est pas confortable. Et sortir de sa zone de confort, même si c'est un vrai game-changer, c'est prendre un risque. Personne n'est égal devant l'appel du risque !